CHAPITRE 9
LA JÉRUSALEM DIVINE
ET L'ANARCHISME DE
DIEU
|
ALORS ? DIEU EST-IL ANARCHISTE
?
Répondre " oui " à une telle
question serait de nature à provoquer] cette "
grande peur des bien-pensants " dont parlait
Bernanos.
Et pourtant !
Pourtant, Jésus de Nazareth a bel et
bien vécu et prêché un anarchisme.
Mais voilà : c'était un anarchisme de Dieu
et selon Dieu !
Comment définir l'anarchisme
idéologique et politique tel que le 19ème
siècle l'a vu naître et se développer
? Le dictionnaire nous offre ses définitions : il
indique l'étymologie du mot (an-archia, en grec,
c'est-à-dire l'absence d'autorité et de
chefs) puis il définit l'anarchisme comme " une
conception politique qui tend à supprimer l'Etat,
à éliminer de la société tout
pouvoir disposant d'un droit de contrainte sur l'individu
" (Petit Robert). Ce n'est qu'ensuite que le mot a pris
le sens de " désordre " et de " chaos ". Sans
doute parce que, dans les tentatives de
réalisation concrète de l'idéologie
anarchiste, surtout aux I9ème et 20^
siècles, la tendance violente et terroriste a
souvent prévalu sur la tendance non-violente. Mais
j'ai moi-même connu d'admirables anarchistes
non-violents qui, à Toulouse lors de la guerre
d'Algérie, militaient activement contre la
torture, contre cette guerre et soutenaient les
objecteurs de conscience alors jugés et
emprisonnés (cf : " l'action civique non-violente
"). Et je garde un souvenir émouvant de Roman
Aguilar, cet anarchiste espagnol
décédé à la maison de
retraite où je vis : avec finesse, intelligence et
esprit de tolérance, il me parlait de la passion
qu'il mettait à étudier, dans sa jeunesse,
les penseurs français qui développaient les
thèses anarchistes, tel ce savant
géographe, Elisée Reclus, fils d'un pasteur
protestant du sud-ouest. Je crois que c'est à la
suite des controverses théologiques que j'avais
avec cet ami que j'ai mieux approfondi l'anarchisme de
Jésus !
*
Même si je développais
longuement la thèse que le Jésus de
Nazareth des Evangiles est " anarchiste " au meilleur
sens du terme, je pressens que je ne serais pas compris
de mes frères croyants. Et il vaudrait mieux, sans
doute, que je renonce à appliquer ce vocable au
Seigneur, de peur d'aller trop loin dans la " provocation
" !
Et pourtant ce Jésus en
majesté (" pantocrator "), qui trône comme
un chef suprême et qui patronne à la fois
les pouvoirs temporels et les
pouvoirs spirituels pour maintenir l'ordre
établi, est-il le Jésus de l'Evangile ?
N'est-il pas l'idole de la «
chrétienté » héritée de
nos pères ?
Il nous faut lire à nouveau et
prêcher de nouveau l'évangile de Luc et ses
Béatitudes :
«
Heureux les pauvres car le Royaume de Dieu
est à eux !
Mais malheur
à vous, riches,...
!
(Luc 6 . 20 à 26)
|
Et l'évangile de Marc ;
«
Les chefs des nations les commandent en
Maîtres et les grands personnages leur
font sentir leur Pouvoir. Mais cela ne se
passe pas ainsi parmi vous. Au contraire, si
l'un de vous veut être grand, il doit
être votre serviteur.
»
(Marc 10. 42 à 45)
|
Et Matthieu:
«
Ne vous faites pas
appeler « Chef » car vous n'avez
qu'un seul chef : le Messie.
»
(Matthieu 23. là 12)
|
Et Jean :
«
Jésus se rendit
compte qu'ils allaient venir l'enlever de
force pour le faire roi. Il se retira donc de
nouveau sur la colline, tout seul.
»
et surtout :
« Les soldats
tressèrent une couronne avec des
branches épineuses et la
placèrent sur la tête de
Jésus. Ils l'affublèrent aussi
d'une toge rouge ... Et sur la croix de
Jésus, Pilote fit placer cet
écriteau : « Jésus de
Nazareth, le Roi des juifs
».
(Jean 19, I à22)
|
Et à l'opposé, dans l'autre camp, les
chefs d'Israël en exercice proclamaient leur
confession de foi blasphématoire :
«
Nous n'avons pas d'autre roi que César
(l'empereur de Rome) ! »
(Jean 19. 15)
|
II faut bien comprendre ceci : pour
lui-même et pour ses adeptes fils du Royaume,
Jésus a choisi et voulu non seulement une position
« politique » de non-violence vis-à-vis
de ses ennemis mais aussi un parti pris de non-puissance,
un refus d'exercer le Pouvoir et sa raison d'Etat. C'est
cette attitude « civique » de
non-coopération à la puissance (de la
force, des armes, de l'argent, du nombre ou du
savoir,...) qui vouait Jésus à
n'être, aux yeux de tous les hommes, qu'un roi pour
rire, un roi de comédie. Un homme combien
dangereux, pourtant !
Or c'est le Père qui a confié
à son Fils unique, le « Roi d'Israël
», la mission de réaliser et d'établir
pour toujours ce merveilleux anarchisme du Royaume : la
disparition de toute « médiation » de
« chefs » politiques et religieux qui viendrait
s'interposer entre le Père lui-même et
chacun des siens, et faire écran à la
Présence directe, totale et toujours
immédiate, du seul Médiateur entre le
Père et ses créatures : Jésus le
Messie.
Ce qui, humainement, a été la
plus noble des utopies politiques et le
dépassement le plus logique des grands
idéaux de « liberté,
égalité, fraternité », cet
anarchisme non-violent de l'Amour, voilà que le
crucifié ressuscité le réalise
au-delà de toute espérance !
Tel est l'avenir du monde.
Telle est la divine « fin du monde
» voulue par le Seigneur et réalisée
par son Christ.
*
Au fond, pourrait-on dire, les
différences décisives entre l'anarchisme
humain et Panarchisme divin, les voici :
• Jésus ne dit pas « ni
Dieu, ni Maître ! », mais il aime et il sert
le Père pour le faire aimer.
• Jésus ne supprime pas
lui-même les autorités et les pouvoirs : il
laisse à son Père cette prérogative,
pour le grand jour annoncé.
• En attendant, pour incarner tout
de suite le nouveau régime du Royaume, il pratique
et il prêche la non-violence et la non-puissance de
l'Amour.
• Par sa croix, il remplace tout
idéal irréalisable et toute « utopie
» par la réelle et définitive
création du monde nouveau dont Dieu est
l'architecte.
monde nouveau, nous le contemplons
d'avance :
Georges SIGUIER . 14 rue
Saint Jacques 81200 MAZAMET
suite:
172-jerusalem.html